[MaJ déc 2021] J’ai choisi de vivre à Marseille depuis 18 ans et j’ai maintenant ma carte de résidente dans cette ville d’exilés.

Trajectoire familiale et personnelle

Je suis née le 9 décembre 1972 dans une autre grande ville portuaire : Le Havre, où j’ai grandi dans le quartier HLM de Bléville, puis à Montivilliers, une petite ville de la banlieue havraise. Ma mère était enseignante en comptabilité-gestion dans un lycée professionnel, et mon père technicien à la raffinerie de Normandie. Ils sont originaires du Berry et au-delà, de l’Auvergne, du Rhône, de l’Hérault et de Marseille… issus de familles d’ouvriers maçons, de paysans ou de petits propriétaires terriens, dispersés par les guerres, l’exode rural et l’industrialisation, mais qui ont aussi connu « l’ascenseur social » des années 1950-70.

Mes parents n’étaient pas riches mais j’ai bénéficié de bien des services qui manquent aux enfants à Marseille : une école publique de qualité, l’éducation musicale, les équipements sportifs, la bibliothèque municipale, les colonies de vacance du comité d’entreprise.

A 17 ans, je me suis retrouvée propulsée à Sciences-Po Paris grâce à ma mention Très bien au bac, où j’ai côtoyé des univers sociaux bien différents du mien, non sans conflictualité parfois. J’ai poursuivi mes études jusqu’au Doctorat en sciences politiques à l’Université Panthéon-Sorbonne, en donnant des travaux dirigés et en travaillant comme assistante parlementaire au groupe communiste à l’Assemblée nationale. Mon sujet de thèse était une monographie politique et sociale de la Seine-Saint-Denis contemporaine, à travers des luttes sociales et des conflits pour l’emploi dans les usines menacées de fermeture.

Ce sujet, ainsi que mon engagement personnel, m’a amené à exercer un métier très particulier au service des salariés : expert pour les Comités d’Entreprise et les Comités d’Hygiène Sécurité et Conditions de Travail (CHSCT), fusionnés depuis les ordonnances Macron dans le Comité Social et Economique (CSE). Je réalise des analyses financières, des diagnostics sociaux et organisationnels, je fais de la médiation en relations sociale, des formations… J’ai complété ma formation initiale par un Diplôme Supérieur en Comptabilité Gestion.

J’ai été recrutée par un cabinet à Marseille en 2003 et je m’y suis installée. J’y ai maintenant mes attaches personnelles et sentimentales.

A l’occasion du centenaire de la grande guerre 14-18, j’y ai retrouvé la trace émouvante d’un grand oncle engagé dans le 58ème Régiment d’infanterie du XVème Corps, bataillon de Provence dont les soldats sont morts par milliers dès les premiers jours de la guerre, à l’occasion de défaites dont on ne parle pas, si ce n’est pour accuser les provençaux d’avoir mal combattus… alors qu’ils étaient mal commandés.

Lire cet article de Patrice MAGGIO, « 14-18: pas de fleurs pour les soldats du XVeme Corps », La Provence, 20 août 2014

Vivre et travailler à Marseille

A Marseille, j’habite dans le centre-ville mais mon lieu de travail est situé à Château-Gombert, un technopole situé au-delà du terminus de métro La Rose dans les quartiers Nord, dont la liaison en métro n’a jamais été terminée. Je connais bien les affres des déplacements dans notre ville où je me débats avec tous les moyens de transport imaginables : voiture, métro, vélo électrique… et une bonne marche à pieds de temps en temps.

Je suis marquée par la beauté de ville et la difficulté d’y vivre au quotidien : les quartiers dortoirs et les ghettos, le manque de services, les commerces fermés entre midi et deux ou le samedi dès qu’on sort du centre-ville, le manque d’équipements culturels et sportifs, le mauvais entretien de la ville, la pauvreté, la peur des autres et l’agressivité entretenu par un urbanisme oppressant où la voiture règne en maître. C’est ce qui a fondé mon engagement pour l’action publique dans ma ville, pour l’écologie, et contre les inégalités.

S’engager dans l’action publique

J’ai milité pendant dix ans chez les Verts (devenu EELV en 2009), de 2007 après l’élection de Nicolas Sarkozy, à 2017 et l’effacement des Verts à la présidentielle.

Je me souviens de quelques bagarres mémorables, contre l’incinérateur de Fos, pour le parc national des Calanques, contre la pêche au thon rouge, pour les énergies renouvelables et contre le nucléaire, pour l’agriculture biologique du temps où tout le monde trouvait cela farfelu.

J’ai été élue conseillère régionale PACA en 2010 sur une liste verte qui a fusionné avec la gauche au second tour (dernier mandat de Michel Vauzelle 2010-2015). J’ai présidé la commission Développement économique, ainsi que le groupe écologiste.

Aux élections régionales, j’ai été la tête de liste pour une « région coopérative », en binôme avec Jean-Marc Coppola, liste réunissant les écologistes et le front de gauche, face à la liste socialiste emmenée par Christophe Castaner. Le mandat de François Hollande se terminait de la pire façon, après des réformes contestées sur le code du travail, les cadeaux fiscaux aux entreprises, et une année 2015 très noire : Crise grecque en Europe, attentats Charlie et Bataclan… Le raz de marée de la droite et du Front national a éliminé la gauche de l’hémicycle régional. Notre liste avait fait 6,4 % en région, moyenne de scores contrastés allant de 3% sur la Côte d’Azur (terre de mission!) à presque 10% sur Marseille.

Après cette expérience, j’ai rejoint Jean-Luc Mélenchon en 2017. Son programme « l’avenir en commun » permettait de réconcilier deux notions clés pour moi : l’écologie et la République sociale… avec plus de réussite que ma liste aux régionales 🙂 ! Je suis devenue sa suppléante quand il a candidaté au poste de Député de la 4ème circonscription des Bouches-du-Rhône, dans le centre-ville de Marseille. « Députée suppléante » n’est pas un mandat d’élue. J’ai donc continué mon activité professionnelle, salariée du secteur privé. Je me suis éloignée de Jean-Luc Mélenchon lors des élections municipales, en raison de désaccords de fonctionnement interne, de stratégie (isolement politique) et de fond sur plusieurs questions (internationales, républicaines).

Sur ce « rendez-vous manqué », voir cet article de Marsactu / Mediapart du 9 décembre 2021

Face à la situation catastrophique de Marseille (écoles dégradées, logement indigne, pollution, violence, inégalités…) je me suis engagée aux élections municipales de 2020 pour une liste citoyenne et d’intérêt général, « Le Printemps marseillais », unissant la gauche, des écologistes et de très nombreux habitants de notre ville qui ne sont plus dans aucun parti politique, derrière notre tête de liste centrale Michèle Rubirola. Nous nous sommes rassemblés pour gagner et renverser le système Gaudin. Tête de liste dans le 1er secteur de Marseille, le « coeur battant » de notre ville (centre ville et corniche), j’ai la fierté d’avoir rassemblé 39% des suffrages exprimés (et plus de 50% dans le seul 1er arrondissement), au premier tour des élections municipales, le 15 mars 2020, puis 58% des voix au second tour avec 45% de participation (11 377 voix) le 28 juin 2020. Je suis élue Maire du 1er secteur de Marseille le 12 juillet 2020.

Election à la fonction de Maire de secteur au Conseil d’Arrondissement du 12 juillet 2020
(Sur la photo : Aux côtés d’Audrey Garino et Michèle Rubirola)

Si le Printemps marseillais a trouvé des alliés pour constituer une majorité au Conseil municipal de Marseille (53 élus sur 101), tel n’est pas le cas à la Métropole Aix-Marseille Provence, présidée par Martine Vassal, Présidente du Conseil départemental, qui avait pourtant perdu les élections contre nous dans la ville-centre. Cette structure intercommunale, où siègent des élus fléchés sur les listes aux municipales, a pourtant des compétences très importantes pour les habitants : Habitat, transports, propreté-déchets, voirie, économie… Nous ne siégeons pas dans l’exécutif de cette Métropole et nos relations sont tendues. Cependant, une réforme de la gouvernance est en cours (déc 2021). Je suis de près tous ces sujets puisque je préside le Groupe Pour une Métropole du Bien Commun (51 élus) qui représente la majorité du Conseil municipal marseillais à la Métropole.

Aux élections départementales, je me suis présentée avec Benoît Payan, Mairie de Marseille depuis décembre 2020, dans le 1er canton de Marseille qui recoupe une partie de mon secteur (tout le 1er arrondissement, et une partie du 4ème). Nous avons obtenu le meilleur score du département avec 49,8% au premier tour et 75,71% des voix au second, mais dans un contexte de forte abstention (66% dans ce canton). Nous siégeons dans l’opposition au Département des Bouches-du-Rhône, qui reste présidé par Martine Vassal.

Au titre de mes fonctions municipales, j’ai choisi de représenter la Ville au Conseil d’Administration d’organismes clés pour les thématiques fortes de mon secteur : l’INSEAMM pour la culture (fusion de l’Ecole des Beaux Arts et du Conservatoire), le Parc National des Calanques (les îles du Frioul sont dans son périmètre), et surtout la Société Publique Locale d’Aménagement d’Intérêt National (SPLA-IN) dédiée à la lutte contre l’habitat indigne.

Échappées belles

J’aime ma Ville parce qu’on peut y voyager et s’échapper de tout… en restant sur place. Y voyager en se promenant dans la rue et ses quartiers métissés, écouter du jazz mélangé aux musiques orientales. S’échapper de tout en prenant un bateau, en plongeant dans les Calanques un appareil photo à la main. C’est dans ces moments là que la nature a le dernier mot et vous rappelle que vous êtes juste… son invitée de passage.